"Hvis frihed overhovedet betyder noget, så betyder det retten til at fortælle folk det, de ikke vil høre"

George Orwell

Sacrée Liberté!

Februar 2006 - Samia Labidi

J’ai entendu parler, pour la première fois de cette histoire de caricatures, le 19 novembre 2005 à Copenhague dans le cadre d’une Conférence organisée par The Free Press Society (la Société de la presse libre) et le journal Jylland Posten sur le thème de « L’islam et la liberté d’expression : faudrait-il réduire la liberté d’expression au nom du respect de l’islam ». Je me suis trouvée entre Flemming Rose, à la fois modérateur de la conférence et initiateur de ce scandale, et Elisabeth Shemla qui me montrait les dites caricatures qu’on venait juste de lui télécopier. J’ai examiné ces caricatures avec indifférence pour la simple raison qu’il ne s’agissait que d’une forme d’expression justifiée par une actualité, hélas, plus que flagrante de nos jours. Loin d’être choquée par cette évidence, celle d’un islamisme au bord de la dérive, j’ai ressenti le risque d’une réaction négative vis-à-vis d’une présentation d’un Mahomet comme étant un intégriste et terroriste notoires. Ceci étant, on change très rapidement de sujet, il ne méritait pas qu’on s’attardait davantage dessus malgré la polémique qu’il avait suscité au Danemark.

Depuis, on a dépassé de loin le nombre de 12 caricatures, cette fois-ci en grandeurs natures, qui défilent dans les rues des pays arabo-musulmans et même en Occident, afin de confirmer le fond et la forme de l’initiative danoise. Le pire c’est que cette défiguration de Mahomet, par ses propres adeptes, s’est vu renforcer par des dictatures en place plus soucieuses de se maintenir au pouvoir que de défendre les dites vraies valeurs de l’islam. Il va de soi que, dans ce scénario à la limite de l’hystérie, la place des esprits libres issus de cette même culture est totalement absente. Nous sommes censés être totalement inexistants dans ce type de société. Sommes-nous devenus une « voix sans issue » dans un monde où le religieux s’affiche de plus en plus sur la scène publique afin d’empiéter sur tout ce qui s’écarte de son chemin au nom du sacré divin ? Quand on n’appartient à aucune religion parce qu’on a envie d’être libre de penser par soi-même, parce qu’on a envie d’échapper à toutes formes de tutelle ou encore parce qu’on désire tout simplement s’accomplir pleinement en tant qu’« être humain » que devons-nous faire, à quel saint devrons-nous se vouer ? Dans cette affaire qui sent la manipulation à tous les niveaux, quel est au juste le sacré qui a été le plus profané, celui du dit divin ou celui de la liberté d’expression et de conscience humaines ?

Pourtant, il est clairement dit dans toutes les religions que tout est sacré. Le tout est « supposons » œuvre divine, pour utiliser leurs vocabulaires, à commencer par l’être humain sensé être l’œuvre parfaite. A partir de ce constat de quel droit le religieux devrait-il se sentir supérieur à toutes autres créations humaines ? De quel droit doit-on imposer un point de vue religieux à l’ensemble de l’humanité sous prétexte que c’est Dieu qui parle afin que l’homme se taise à jamais. Ces religieux ont-il aussi peu de foi pour se sentir concerner et offenser au moindre expression d’humour si noir soit-il ? Avoir la foi, donc avoir une certitude, n’est-il pas un signe de stabilité intérieure, personnelle et subjective, qui devrait se placer au-dessus de toutes soi-disant provocations conscientes ou non ?

Dans un monde de plus en plus petit, encore une fois ce sont les minorités faiseuses de troubles qui s’affichent au premier plan, pour jeter le discrédit sur l’ensemble d’une communauté, au détriment d’une majorité silencieuse pacifiste. Ce sont les intégristes qui sont en train de se caricaturer sur l’ensemble des chaînes hertziennes. Ce sont eux qui défigurent l’image de leur prophète en l’exposant comme étant un ignorant fanatique et terroriste. Les caricatures de ce genre se suivent, hélas, et se ressemblent dans le fond comme dans la forme. En Quoi le fait de brûler le drapeau ou de boycotter les produits danois est un signe de confiance en soi ? Ce sont plutôt ce genre de caricature qui devrait être sanctionné à l’échelle internationale et à l’unanimité.

Dans cette affaire le seul sacré qui a été profané, à tous les niveaux et sous toutes les coutures, n’est autre que la liberté d’expression et de conscience. Les valeurs républicaines et démocratiques occidentales sont aussi sacrées que les dogmes religieux de quelques origines que ce soit. Il n’ y a rien de plus subjectif que la notion du sacré qui se veut, en quelques sortes, la garante de la liberté de conscience. Celui qui croit en l’existence de Dieu n’est pas supérieur à celui qui croit en sa non existence. La diversité humaine et, donc, la nature de sa croyance relève du domaine privé et ne doit en aucun cas s’afficher publiquement en empiétant de surcroît sur les valeurs républicaines des pays d’accueils.

C’est cette sacro sainte liberté qu’on doit protéger au-delà de nos différences et de nos aspirations culturelles afin que la paix l’emporte sur l’obscurantisme et le fanatisme. Tolérer l’intolérance c’est tuer toutes formes d’harmonie et de dialogue interculturel. Qu’on interdise la critique de l’islam ou la figuration de son prophète, dans les pays arabo-musulmans, passe encore au détriment de la liberté d’expression. Mais qu’on l’impose à l’Occident, défenseur et garant ancestrale de cette liberté, ça dépasse tout entendement. Qu’on écrase les esprits libres qui vivent cachés dans ces pays se discute encore. Mais, qu’on les étouffe même au-delà des frontières au nom du sacré divin c’est plus qu’inadmissible. Le harcèlement intellectuel et physique menace non seulement ceux issus de cette culture en question, et qui ont choisi d’y renoncer, mais aussi ceux qui appartiennent à d’autres horizons. En d’autres termes, le dictat extrémiste doit connaître ses limites afin d’éviter un nouveau genre de « guerre » qui risque de se déclarer dans peu de temps.

L’humour danois n’a fait que zoomer sur une actualité, en ligne de mire, à l’échelle internationale. La stratégie de l’international islamisme n’est plus un secret pour personne depuis le 11 septembre et même depuis bien avant pour les avertis et les spécialistes de la question. Ceci étant, personne n’est dupe, la part des choses est faite quasi d’office afin de ne pas tomber dans un amalgame qui ne peut que profiter à l’intégrisme et à l’obscurantisme islamistes. Le respect de l’islam et des musulmans ne doit souffrir d’aucun doute surtout face à ce genre de polémique. Bien au contraire, ça serait plutôt une marque d’indifférence de sous estime que de ne pas oser caricaturer leur maître spirituel.

Aujourd’hui la « guerre » n’est pas, comme veut nous le faire croire le Docteur Ramadan, entre l’extrême droite danoise et les étrangers de culture arabo-musulmane. Cette « guerre des idées», du moins du côté non religieux, s’est déjà déclarée à l’échelle internationale entre les religieux et les non religieux pour la première fois dans l’histoire humaine. Le sacré dit divin a toujours tout écrasé sur son passage au nom de cette force dite extérieure et créatrice. La révolution française et l’émergence du principe de la Laïcité, d’une manière ou d’une autre, en Occident n’a fait que calmer le jeu vis-à-vis du christianisme. C’est la première fois que les non religieux et les religieux, avec comme vedette de scène aujourd’hui l’islam, se trouvent pratiquement à armes égales pour que le religieux ne réactive pas son mépris ancestral vis-à-vis de ceux qui osent s’opposer à lui au grand jour. La liberté de la presse est un acquis sur lequel aucun dogme, si sacré soit-il, n’y peut rien changer. Prions au nom de l’Homme Clément Miséricordieux pour que le religieux ne l’emporte pas, Amer !

Actuellement, faute de pouvoir déclarer cette guerre dans les pays arabo-musulmans, qui sont en train de concocter une charte pour les droit de l’homme basée sur la charia afin d’échapper à l’application des principes des droits de l’homme universels, on devrait pouvoir davantage compter sur l’Occident pour mener cette guerre à la victoire. La chance des esprits libres issus de cette culture ne peut, hélas, s’exercer qu’à partir de l’Occident parce qu’elle n’a aucune chance de clore dans les pays arabo-musulmans qui profitent de cette polémique pour bâillonner davantage la liberté d’expression en censurant notamment tous les sites qui critiquent l’islam, à commence par celui de l’A.I.M.E. en Tunisie. Mais aussi, ils exploitent cette bavure pour faire barrage à l’arrivée au pouvoir des islamistes en appliquant et en imposant, eux-mêmes, cette charia afin de mieux endormir le peuple et se perpétrer dans le pouvoir. Malheureusement, si les islamistes ne sont pas passés dans tous les pays arabo-musulmans, l’islamisme s’y est bel et bien installé notamment en Occident où il a obtenu plus de droit que dans les pays d’origines.

Il est temps de réagir !

 

Ecrivain et présidente de l'AIME Samia Labidi (www.assoaime.net)